Pour mon amie Angèle,

 

J’écris cette expérience pour toi, et pour toutes celles qui étreignent une autre femme. Elles ne savent pas, pour la plupart, que ce moment de plaisir, et ce court spasme, vont préparer, déterminer, le bonheur ou le malheur de leur vie….. vive l’amour et l’aventure….. Agnès

   Je me rappelle de ce jour qui a changé ma vie de femme divorcée célibataire. C’était en fin d’après midi, exactement le vingt avril. Il y avait une précoce haleine de printemps qui rendait la vie plus douce, éclaircissait la nature et soufflait une merveilleuse résurrection sur la végétation du parc de mon quartier du onzième arrondissement de Paris.

   J’errais dans mes pensées, environnée du tourbillon du mouvement des uns, et des autres, parmi les cris des enfants mêlés aux roucoulements des tourterelles. Je levai la tête vers la cime des plus hauts sapins, le vertige s’accentua. Mon regard se fixa sur le portillon d’entrée du parc, une silhouette féminine, à l’allure distinguée, apparut. Une grande passion allait naitre : Amour et Aventure.

   Une jeune et jolie femme me jeta un regard doux, illuminé d’un large sourire, et vint s’asseoir sur le même banc où j’étais là depuis deux heures. Une étudiante sans doute, elle sortit de son sac de toile, un cahier à spirale.

– Bonjour madame !…

– Bonjour mademoiselle !…

– Je ne vous importune pas d’avoir pris place à vos cotés !…

– Pas du tout, j’en suis ravie. Cela permettra, de faire ample connaissance…

   Mon intuition me guide d’engager la conversation…

– Je suis la plus jeune. « Nina, étudiante à la Sorbonne, pour préparer une licence sur les civilisations disparues depuis des millénaires. »

– Félicitations mademoiselle. Je suis Agnès, je travaille dans un grand groupe financier comme cadre !

– Dites moi Nina, vous êtes hébergée chez vos parents ici à Paris ?

– Absolument pas, je réside dans un petit studio de vingt deux mètres carrés, chez une dame âgée, qui d’ailleurs est très gentille avec moi.

– Où ça ! Dans quel arrondissement ?

– Dans le quartier, pas très loin d’ici, rue Desargues…

– Nous sommes voisines de quelques rues. Mon adresse est, rue du Moulin Joly.

– Je ne la connais pas très bien…vous pouvez le comprendre facilement, que mon temps consacré aux études, me laisse guère de moments à flâner !…

– Sinon je réside chez mes parents en Bretagne !…

– En Bretagne !…quel coin de cette belle région ?

– Un village proche de Lamballe…Trédaniel !

– Là aussi, nous sommes encore voisines…je possède une petite maison, un héritage de ma grand-mère, à Plévenon, qui se trouve vers le cap Fréhel à quelques dix sept kilomètres de Lamballe.

   Agnès regarde sa montre. D’un sursaut elle se lève.

– Excusez-moi Nina, je dois partir, le temps a si vite passé, cela m’a fait plaisir de vous rencontrer.

Elle fouille dans son sac.

– Tenez voici mes coordonnées, et venez me voir, surtout appelez moi ! Vous recevoir, sera pour moi, un grand plaisir !

– Merci madame Agnès, à plus tard de vous revoir !…

   Deux semaines passèrent, puis un soir fin avril, un appel téléphonique de Nina…

– Madame Agnès, je serai libre demain à partir de quinze heures, acceptez-vous que je vous rende visite !…

– Mais tout à fait, l’heure me convient, c’est parfait, donc à demain Nina…

– Merci madame Agnès, au revoir.

   Me voici à l’adresse indiquée. Je jette un nouveau regard sur le numéro, et sur le nom. Je suis plantée comme un piquet devant cette porte, j’hésite à sonner…mes jambes flageolent, je n’ose plus frapper à cette porte, une gêne m’envahit, le rouge me monte aux joues, enfin d’un geste sûr je sonne !… J’entends le mot « j’arrive. »

– Vous m’attendiez ?

– Oui …j’ai cru jusqu’à la dernière minute que vous ne viendriez pas !… C’est idiot de ma part de vous dire ceci !….

   Nous, nous sommes embrassées.

   Aussitôt, J’éprouve pour elle, une tendresse infinie. Son sourire est ma joie, cette jeune femme, à la chevelure blonde, aux yeux doux qui semble émue en me regardant et en me parlant. A peine avons-nous échangé quelques mots, que je devine que je me trouve devant une autre moi-même. Les échanges sur nos vies, nos moments de liberté, sur nos préférences culturelles, ainsi que sur nos espoirs, nous donnent une base pour bien se connaitre et s’apprécier mutuellement. Elles savent dès les premières minutes, que leur amour sera une passion, et ne pensent pas au long de cet après-midi-là à trouver un lieu pour se retrouver en intimité.

– Nina, vous n’êtes pas obligée de répondre. Pourquoi tomber amoureuse l’une de l’autre…je dis bien l’une et l’autre ?

– Si, Agnès : Vous savez, être amoureuse, c’est surtout une affaire individuelle.

   Elle continue…..

– Ne détruisons pas cet instant de bonheur !…donnons-nous les moyens pour le construire !… Dès demain, je prépare notre séjour à Plévenon !…

– A votre aise, se sera merveilleux…je vous en laisse le soin !…

Un matin de ce samedi début mai. Nina se rend à nouveau au domicile d’Agnès.

– Bonjour ma chérie, bonne nouvelle, tout est prêt pour notre voyage. J’ai les billets de train pour Lamballe, notre départ à la gare Montparnasse est prévu à quinze heures dix huit, quai numéro quatre. Soyons présent dans le hall des grandes lignes une heure avant le départ !…Cela te conviens !…

– Parfaitement, je n’aurai qu’une valise à roulettes !… Donc on se retrouve dans le hall des pas perdus ?

– Plus précisément, devant la brasserie « Les Bretons à Paris »

   Elles entrent et s’assoient pour consommer deux cafés crème. Les voyageurs courent dans tous les sens, des chariots remplis de bagages passent en rasant les gens. Un monsieur, un peu tête en l’air, court si vite que son sandwich vole à deux mètres, tout éclaté. Cela nous fait rire aux éclats. Nous demandons conseil à un agent des trains !

– Mesdames, vous êtes bien sur le bon quai, la voiture 6 sera vers la tête du train.

– Merci, vous êtes gentil !…

   Nous occupons les places en vis-à-vis. Le train démarre, dès l’apparition des plaines, nous avons chacune un regard tendu vers un invisible horizon. Notre amour et aventure, débute sans quiproquo ! Nous le pensons très fort.

– Nina, s’aperçoit que deux petites rides apparaissent sur le front…qui y’a-t-il Agnès ?

– Rien d’important, je souhaite que ce séjour se passe sans nuages, et aussi dès notre arrivée en gare de Lamballe, que ma voiture puisse démarrer !…

– Elle est où ! sur un parking ?

– Non, elle est chez un monsieur, un ancien ami de mon père, dans un bâtiment, à trois minutes de marche.

– Parle-moi de la maison de ta grand-mère, qui est la tienne aujourd’hui ?

– Une maison toute simple, restée authentique, à l’intérieur, rien n’a changé, sauf la disposition des meubles. Je te laisse imaginer, tu verras !…

   Une voix, « gare de Lamballe, deux minutes d’arrêt. »

   Le trajet en voiture a été bref, quelques quatorze kilomètres, nous entrons dans une cour gravillonnée.

– Que c’est chouette cette maison, volets bleus, hortensias roses épanouis, même le chat blanc nous attend !

– Voici notre nid, puis elles éclatent de rire. Cet après midi, nous prendrons nos repaires, et tirons au sort les chambres, il y en a deux !…

– Bien sûr Agnès, je dois dormir comme un loir pour cette première nuit, demain sera un autre jour pour visiter le village, et surtout le cap Fréhel !…

– Il n’est pas très loin, quatre kilomètres !…

   La nuit a été cauchemardesque pour les deux femmes!…quels cauchemars, je n’en parle pas. Pendant le petit déjeuner chacune s’exprime.

– Je suis heureuse !…

– Moi aussi !…

   Le lendemain au cap Fréhel.

– Agnès, ouah ! Ce cap ! un vrai décor idyllique !

– Oui, mais attention aux épines, les ajoncs portent armes en pointes.

– C’est vrai ! ici l’or pique !

– Les bruyères roses ont besoin d’être défendues. Quelle beauté ce granit millénaire, aux lignes courbes comme celle d’une femme. Un vrai tableau : les baigneuses de Renoir.

   Un silence s’installe, le soleil darde ses rayons sur les genêts baignés de lumière. Une odeur enivrante s’en dégage comme d’un corps en sueur. Cette émanation chargée de senteurs âcres, s’élève dans l’air immobile et fait tourner la tête vide de Nina. Là-bas, encore invisible par la brume, la mer lance ses chevaux aux crinières d’écume à l’assaut du rocher où se tient Nina déjà prise par le charme. Elle est devenue mouette avec les mouettes qui frôlent de leurs vols obliques le contour des falaises en poussant des cris nostalgiques se mêlant au chant strident du grillon. Elle descend le petit sentier, devant elle, la mer exerce sa magie et le ciel bleu est beau comme un poème de Verlaine. Le vent du large s’offre à elle, en la taquinant soulevait les pans de sa robe bleue turquoise.

   Agnès s’exclame : « C’est mon enfance que je revis ici, donne moi ta main Nina…. Continuons sur le sentier des douaniers, au bas des falaises. » Là, elles entrent dans une grotte propice, qui ressemble à une petite chapelle.

   Agnès embrasse Nina farouchement sur la bouche. Tu vois comme je t’aime !

   Nina ne résiste pas, au contraire elle s’abandonne en se serrant contre elle, la poitrine offerte.

   Soudain, elles entendent des éclats de voix, des rires. Des intrus !… Les deux femmes par la peur d’être surprise, sortent précipitamment…..

      Jean-Claude Dufresne, février 2018.

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